L’île de Sulawesi, ou Célèbes est notre dernière étape en Indonésie. Tali et Martin, nos acolytes de l’ile de Flores, nous rejoignent finalement pour découvrir cette île aux nombreux attraits.

Après un rapide stop à Makassar, nous nous rendons au pays Toraja, où la culture traditionnelle est encore très vivace. Rantepao, notre point de chute, est une petite ville entourée de rizières, de montagnes et de plantations de cacao et de café. Un cadre très verdoyant au climat tempéré !

Les principaux points d’intérêts ne sont pas très éloignés, et comme à notre habitude nous louons un scooter pour visiter cette région. Cette article, un peu long et détaillé, est nécessaire afin de mieux comprendre les spécificités du pays Toraja.

Au nord de la province, à Batumonga, nous admirons un incroyable empilement de rizières en terrasses façonnées par des générations et des générations de cultivateurs.

Au Pays Toraja, nous sommes frappés par les étranges maisons traditionnelles appelées “Tongkonan” aux toits en forme de bateau.

Le cout de construction est tel que posséder plusieurs bâtiments est un signe de richesse. Au pays Toraja, rien n’est fait au hasard, les coutumes et les rites influencent la construction des villages. Le positionnement des habitations ainsi que le choix des motifs jusqu’aux couleurs utilisées ont une signification. Certains villages sont réputés pour leurs anciennes demeures comme Kete Kesu, Bori ou Palawa mais toute la région est parsemée d’ensembles aux toits si particuliers.

Une autre particularité de la culture Toraja : les sites funéraires. Ce sont des tombes creusées dans d’énormes rochers ou à flanc de falaises ou encore déposées à l’abri dans l’obscurité des grottes.

Certaines tombes ont des sortes de balcons ou sont posées des effigies en bois appelées « Tau-tau » (petit personnage) sculptées à l’image du défunt afin d’honorer leurs souvenirs et de permettre aux morts et aux vivants de rester «en contact». Seuls les plus aisés peuvent s’offrir leur effigie. Chaque cavité abrite les membres d’une même famille.

Ci-dessus, les tombes suspendues de Kete’Kesu’

A Londa, nous entrons dans une grotte mortuaire, lieu sacré pour les Torajas. A l’intérieur reposent des cranes et squelettes éparpillés et plusieurs cercueils en bois surmontés de statuettes.

Sarapung, nous découvrons une autre coutume Toraja : les tombes d’enfants dans les arbres. Autrefois, lorsqu’une femme mettait au monde un enfant qui mourrait dans les 3 mois, elle devait mettre le corps de l’enfant dans ce type d’arbre pour que ce dernier aille au paradis mais aussi qu’il puisse se réincarner dans un nouvel enfant que cette femme mettrait au monde. Cet arbre était considéré comme le lien entre la terre et le paradis.

Tous les 6 jours se tient un important marché aux cochons et aux buffles qui rassemble tous les éleveurs et acheteurs potentiels des villages environnants. Le buffle occupe une place très importante dans la vie des Torajas : il symbolise la virilité et la puissance, sert de guide spirituel lors du voyage des disparus,  et constitue l’offrande indispensable à toutes cérémonies.

La cérémonie funéraire constitue le point d’orgue de la culture Toraja. Plus le défunt est de classe élevée plus la cérémonie sera longue. La plupart des touristes passent par un guide afin de se rendre à l’une d’elle. Au fil des conversations, nous apprenons qu’une cérémonie importante a lieu dans le Sud de Rantepao. Nous décidons de la trouver par nous même et avec notre chance habituelle, nous tombons à la station essence sur un « pete pete » (taxi collectif) chargé d’un cochon immobilisé sur des bambous et des habitants vêtus de leurs habits traditionnels de deuil. Ni une ni deux, nous suivons ce précieux indicateur et arrivons à Lemo. La cérémonie, qui ressemble presque à une kermesse, bat son plein. Les invités se pressent, les buffles et les cochons offerts pour l’occasion affluent.

Nous nous glissons dans la foule et prenons place dans l’un des nombreux compartiments en bambou construits pour l’occasion. Le cercueil est disposé sur une estrade en hauteur pendant toute la durée de la cérémonie.  Le corps peut être conservé très longtemps (plusieurs années) après la mort afin que la famille puisse avoir le temps de rassembler l’argent nécessaire à cette fastueuse cérémonie et réunir les membres de la famille dispersée. Tant que la cérémonie n’a pas eu lieu, le défunt est considéré comme « malade » et sa famille s’adressera à lui comme s’il était encore présent.

La cérémonie est ponctuée par l’énumération de l’ensemble des invités (interminable), par des processions, des chants et par les sacrifices de cochons et de buffles.

Curieux, nous allons dans les arrières cuisines. Quel spectacle ! Des cochons sont égorgés, vidés, brulés et découpés. La viande est mélangée avec des légumes, l’ensemble est cuit au feu de bois dans des bambous pour servir aux convives le plat traditionnel « Puyong Babi ».

Puis vient le moment de l’égorgement des buffles.  Le premier buffle sacrifié est primordial car il accompagnera le défunt dans son voyage post mortem. Ce dernier sera alors considéré comme « mort ». C’est une vraie tuerie, un spectacle macabre que les invités regardent avec fascination! La viande de buffles sera ensuite redistribuée. Les cornes récupérées orneront le pilier en bois de l’entrée de la maison de la famille du disparu. Plus celles-ci seront nombreuses à être accrochées plus elles représenteront  un symbole de respect au sein de la communauté. Pour être sincère, ces funérailles ressemblent plus à une extermination en série de cochons et buffles. A la fois fascinant et révulsant.

Une cérémonie funéraire EN VIDEO :

Pour les personnes sensibles, amoureuses des cochons ou des buffles, cette vidéo n’est pas pour vous! 

Pour les autres, voici à quoi ressemble une cérémonie funéraire d’un défunt noble.